Sujet: Créer un récit en utilisant le motif du labyrinthe apparaissant sous quelque forme que ce soit.
Trente-quatre stylos s'agitent frénétiquement. Trente-quatre esprits se perdent dans le tracé confus d'une
histoire labyrinthique. La construction énigmatique de leurs histoires m'intrigue, me fascine. Je tente de
deviner quel récit complexe éclot en ce moment sous la plume de ces élèves. C'est une énigme qui
m'empêche de réfléchir à mon propre récit. Il faut que je me perde, mais comment? Il existe tant de façon de
s'égarer... (je ne croyais pas si bien dire.)
Ne suis-je pas déjà perdue? Perdue au beau milieu de l'adolescence, cette époque de notre vie où tout est
encore possible, où seul le rêve, l'espoir et l'insouciance nous oriente. Quinze ans... l'âge de tout les
possibles. Le temps de la jeunesse est un âge rêveur, durant lequel on poétise, l'avenir nous paraît bien
lointain, c'est un tunnel dont on ne voit pas le bout, un dédale de galeries entrelacées où un seul faux pas peut
briser une vie. Dans ces couloirs sinueux l'erreur n'est pas permise, il est impossible de revenir sur ses pas.
C'est effrayant et troublant. Nous avons tous peur de nous égarer. Est-il possible de retrouver son chemin
après cela? J'ai peur d'errer à jamais. Oui, vient un âge ou la plus incontrôlable, la plus effroyable, la plus
grande des peurs s'offre à nous comme une évidence. [...] (tout cela est d'une médiocrité
déconcertante je vous épargne une grande partie de la suite.) (oula ce qui suit n'est pas plus brillant mais plus
intéressant rétrospectivement.)
Je suis consciente de vivre les meilleures années de ma vie et j'en profite le plus possible avant de devoir faire
des choix. (nom de Dieu de merde c'est plutôt drôle quand on sait que la suite a été un
écrasement progressif de toute volonté (de puissance ou non) Nietzsche devient un étendard insolent dans cet
endroit) Ils seront mauvais. Je ne pars pas défaitiste, j'essaie juste de trouver un sens à ma vie, juste de
trouver un sens à ma vie, trouver un sens à ma vie, un sens à ma vie, ma vie ...
Un jour, je me réveillerais à l'aube de ma soixantième année et je n'aurai rien vu, rien fait et j'aurai vu
beaucoup, et j'aurai fait beaucoup. Mais ce jour-là, je saurai que ma vie aura déjà été vécue. Je regretterai cette
jeunesse, cette insouciance. Le temps décolore les âmes. Ce jour-là, je partirais car ma vie n'aura été qu'un
tissu de mensonge finement élaboré. J'ai sans cesse reculé devant le danger, je n'ai jamais osé faire ce que
j'aimais et je m'en veux, je m'en voudrais... Il sera trop tard pour tout recommencer. C'est maintenant ou jamais
si je dois changer le cours de mon existence. (bon et bien j'ai loupé le coche mon petit.)
(Ici une figure de style ignoble que j'ai cru bon de supprimer, passons directement à la suite.)
Il n'existe que des moments de bonheur. Quand j'avais trente ans j'ai fait des enfants. Ils ont détruits ma
vie pour créer la leur... c'est la chaîne de la vie. Je suis égoïste et prétentieuse. Et alors? Comme tout le
monde. J'ai quinze, trente et soixante ans, je suis perdue, perdue, perdue. Je ne suis ni Maryam, ni une autre.
Je suis un sujet de rédaction. Il n'existe aucune structure dans ce texte. J'ai raison car je le dis. Même si il en
existait une, elle n'existerait pas, je lui interdis d'exister. Je suis égoïste et prétentieux. Je suis affiché sur un
écran et je ne vaux rien. Je suis couché sur une table de bois et je ne vaux rien. Je suis entre vos mains et je ne
vaux rien. Je suis commencé sur une table de classe, je ne suis jamais terminé, je suis déchiré, chiffonné. Je
suis recommencé sur un écran, je suis effacé, modifié. Je ne lui plait pas. Je suis une fille puis une feuille. Je
me laisse créer, ai-je tort? Suis-je labyrinthique, je me moque de le savoir. Je suis des mots.
Les stylos continuent de s'agiter en classe. Je ne me demande plus ce qu'ils écrivent. Ils écrivent pour me perdre.
Alors heureux? Oh oui très heureux.